AFF E-Newsletter
Vol. 3, No. 2
September 2004
Recension des Ecrits Portant sur le Phénomène
Sectaire et Thèmes Connexe au Cours de l’Année
2003
Au cours
de l’année 2003, 25 documents publiés traitent de
questions liées au phénomène sectaire. Ces
documents prennent la forme de neuf livres, neuf
articles, quatre chapitres de livre et trois
mémoires de maîtrise. Afin de faciliter la
comparaison des documents, les écrits sont
classés de façon thématique. Cinq thèmes sont
abordés :
-
Information de base sur le phénomène;
-
Analyse du fonctionnement de sectes;
- Secte
et victimisation;
-
Groupes religieux et comportements violents;
- La
représentation sociale de la notion de secte.
Pour
chacune des thèmes, une critique générale des
articles est présentée. Celle-ci est suivie d’un
résumé de chacun des textes.
Livres et Articles
Informatifs
Deux
livres recensés traitent des intérêts pour le
fantastique et le paranormal des adolescents. Ces
livres présentent une foule d’information
descriptive sur des sujets aussi variés que la
spiritualité, les sectes, le satanisme et plus
encore.
Influencés par le contexte social dans lequel ces
livres ont été rédigés, les auteurs transmettent
deux messages différents sur l'influence du
paranormal dans la vie des adolescents.
Publié en
France, le livre de Biton (2003) se veut un outil
d'information pour parents d'adolescents.
Abordant des thèmes tels que la manipulation
mentale et les effets de l’affiliation à une
secte, ce livre veut conscientiser les parents
aux dangers que représentent les sectes pour
leurs enfants. L'auteure décrit dans son ouvrage
les processus de recrutement utilisés par les
sectes; elle définit également le processus de
manipulation mentale. Le regard que porte
l'auteur sur le danger que représentent les
sectes correspond à la préoccupation de la
société française sur ce sujet. En France, les
sectes sont définies par plusieurs comme un
problème social d'importance. Il faut noter que
le phénomène sectaire est souvent abordé par les
médias et les instances politiques. Une loi (loi
About-Picard, 2001) a également été votée afin
de renforcer la prévention
et la répression des mouvements sectaires portant
atteinte aux droits de l'homme et aux libertés
fondamentales. Dans ce contexte, le livre
vulgarise le fonctionnement des groupes afin
d'aider les parents à reconnaître rapidement chez
leur adolescent la conversion à une secte.
Le livre
de Coulombe (2003) a été publié au Québec. Dans
cette société, le phénomène sectaire n’est pas
défini comme un problème social d’importance.
L’auteur ne définit donc pas dans son livre
l’intérêt pour le fantastique comme un problème
ou encore comme le signe de l'initiation à une
secte. Le but de l’auteur est d’expliquer les
raisons pour lesquelles l'adolescent ressent un
certain attrait pour le paranormal, pour le
fantastique, le satanisme et le gothique.
L’auteur conclut que le goût du risque et le
besoin d’évasion motivent souvent les adolescents
à s’intéresser à des groupes ou une culture
fantastique.
Quatre
livres à caractère informatif traitent de la
question des sectes et de leur fonctionnement.
Ces textes ont tous été rédigés par des employés
ou des militants de centres d’information sur les
sectes comme Info-Secte ou par des membres de
groupes de luttes contre les sectes (UNADFI,
MILS).
Trois des
quatre livres (Vivian, 2003, Filliaire, 2003,
Filliaire & Tavernier, 2003) publiés rapportent
le savoir d’expérience de leurs auteurs dans leur
lutte contre les sectes en France. Bien que leur
expérience soit pertinente et qu’elles
identifient, plusieurs problèmes liés au
fonctionnement sectaire, l’absence de références
scientifiques donne l’impression au lecteur que
les sectes sont toutes des groupes homogènes.
Cette généralisation permet au lecteur de
conclure que les sectes sont des groupes
dangereux. Ces livres ne laissent aucune place
pour le doute, le questionnement, l’étude de
chacun des groupes et de leurs effets. L’on
reproche souvent aux gourous d'affirmer connaître
et transmettre la vraie vérité. Il faudrait
alors dans des écrits informatifs sur le
phénomène sectaire présenter de l'information
diversifiée afin que le lecteur trouve ses
propres réponses et non pas uniquement l’amener
inévitablement à conclure que toutes les sectes
sont dangereuses.
Biton, Dominique (2003).
Sectes et Gourous, etc. Albin Michel
Ce livre
peut être décrit comme un outil d’information de
base sur le phénomène sectaire et le
fonctionnement des groupes. L'auteur fait
ressortir les éléments des sectes qui peuvent
séduire les adolescents et les inciter à se
joindre à un tel groupe.
L’auteur
reconnaît que la période de l’adolescence est une
étape complexe de la vie des adolescents. Les
jeunes désirent au cours de cette période être
plus indépendants. Ils recherchent un idéal.
Ils se questionnent sur le sens de la vie, sur le
sort de l’univers. Ces questions peuvent
influencer l’adolescent à joindre une secte ou un
groupe néfaste.
L’auteur se
demande également pourquoi certains jeunes sont
parfois intéressés par les sectes. Elle conclut
que parce que certaines sectes se décrivent et se
présentent à l’aide de terme ou d’activités qui
plaisent aux adolescents, les sectes peuvent
devenir un lieu d’appartenance pour les jeunes.
Certains groupes ajustent même leurs modes de
recrutement afin de séduire les adolescents. Le
groupe sectaire peut inclure dans leurs discours
et leurs pratiques des activités ou des croyances
valorisées par les adolescents: par exemple la
sorcellerie, les sports extrêmes, l’informatique
ou la musique.
L’auteur
conseille aux parents d’entretenir un lien
significatif avec leurs enfants, afin d’observer
les changements de comportement qui peuvent être
synonymes de l’engagement sectaire. L’observation
chez l’adolescent d’un changement brusque dans
l’alimentation, des changements soudains dans
leurs activités quotidiennes, dans leur façon de
voir le monde ou encore dans leur cercle d’amis
peut parfois être le signe de l’intégration dans
un groupe sectaire. Pour l’auteur, un moyen
efficace de prévenir l’adhérence à une secte est
de favoriser le développement d’une pensée
critique et de l’autonomie chez l’enfant. Dans
un contexte où l’adolescent est confronté à des
groupes qui lui présentent "la vérité," il sera
outillé initialement à se faire une opinion
critique.
Columbe, D. (1993).
Le fantastique religieux et
l'adolescence: paranormal,
magie
satanisme,
gothique.
Montréal: Fides.
Ce livre
traite de la question de l’attrait du fantastique
par les adolescents. Il aborde la question du
paranormal, de la magie, du satanisme et du
gothisme. Ce livre descriptif se propose de
démystifier les différentes formes de
fantastiques religieux aux parents. L’auteur
présente différentes définitions, donne des
explications, émet des hypothèses sur le
fantastique et le paranormal. Il présente
également un portrait de la situation religieuse
au Québec, de la situation du fantastique, la
violence, le paranormal, les jeux, le symbolisme
et la magie, pour finalement en arriver au
satanisme.
Pour
l’auteur, il est important de reconnaître que
tout comme leurs parents, les jeunes sont en
quête de sens et de spiritualité. Le fantastique
répond pour un temps à leur quête, à leur
recherche de sens. Il permet de répondre à leurs
questions sur la vie. Il stimule leur imaginaire
et le goût du sacré. Le fantastique et le
paranormal suscitent l'intérêt principalement les
adolescents pour les sensations fortes qu’elle
stimule. Le contact avec le fantastique permet
l’évasion du quotidien et de la réalité.
L’auteur
démontre également avec plusieurs études
scientifiques, l’inexistence d’une corrélation
entre comportements violents et l’attrait pour le
fantastique. Il précise également que l’attrait
pour le paranormal ne signifie pas que les
adolescents soient plus crédules que les adultes.
Une
comparaison entre les adolescents du monde
démontre que les jeunes Canadiens croient plus
aux phénomènes paranormaux que les adolescents
américains ou français.
Il avance quelques hypothèses
pour expliquer ce phénomène :
- Le
contenu des bibliothèques scolaires canadiennes
est composé de plus de livres paranormaux que
scientifiques;
- Les
médias présentent souvent ce genre d’événements
sensationnels;
- Le temps
réduit consacré à l’école au développement de
l’esprit critique et rationnel face aux
phénomènes paranormaux est de plus en plus
réduit.
Kropveld, M., & Pelland, M-A.
(2003). Le phénomène des sectes : L’étude du
fonctionnement des groupes. Montréal:
Info-Secte, 161 pp.
Ce texte a
pour but de présenter les "sectes," souvent
perçues comme étant en marge de la société, comme
des groupes qui sont présents dans notre vie
quotidienne. Dans ce contexte, comprendre leur
fonctionnement et parfois la violence qui émerge
dans certains de ceux-ci appelle l’acquisition de
connaissances sur le fonctionnement des groupes
en général. Ainsi à travers les cinq chapitres
et les six annexes, le lecteur peut s’informer
sur la place des groupes dans une société
démocratique; sur le fonctionnement interne et
externe des groupes ainsi que sur les problèmes
interactionnels qui peuvent s’y former. Le
lecteur peut également comprendre à travers trois
exemples de fonctionnement de groupe les
problèmes et la violence qui émergent. Le texte a
pour objectif de susciter des discussions et des
débats sur le phénomène.
Dans un
premier chapitre, un portrait historique de
l’organisme Info-Secte, de sa création à
aujourd’hui est présenté. Ce texte retrace
simultanément la compréhension acquise par
l’organisme du phénomène sectaire, les services
offerts, la clientèle ainsi que les relations
entretenues entre les représentants d’Info-Secte
et d’autres organisations et groupes nationaux et
internationaux. Au cours de ses vingt-quatre
premières années d’existence, Info-Secte a connu
de nombreux changements. Créer initialement sous
le nom de Projet Culte en 1980. L’organisme a
pour mission d’informer les étudiants de
l’université McGill et le public sur les sectes.
Elle change de nom en 1990 et devient
Info-Secte. Au fil des ans, la compréhension du
phénomène sectaire s’est modifiée. Utilisant
initialement les termes secte et sectes
destructeurs pour décrire le sujet de leur
préoccupation, Info-Secte reconnaît aujourd’hui
que l’utilisation de ce terme peut conduire
erronément à identifier des groupes comme
dangereux alors qu’ils ne le seraient pas.
Info-Secte essaie donc mieux comprendre le
fonctionnement interne et externe des groupes,
plutôt que les reconnaître ou non comme des
sectes.
Le second
chapitre présente un résumé de la Charte
québécoise des droits et libertés et explique le
rôle de la Commission des droits de la personne
et de la jeunesse. Il permet de comprendre que
malgré la protection de la liberté de religion et
du droit d’association, les membres de groupes
doivent également respecter les lois. Chaque
individu, qu’elle soit ou non membre d’un groupe
doit respecter les valeurs démocratiques, l’ordre
public et le bien-être général.
Le troisième
chapitre est consacré à la compréhension du
fonctionnement des groupes. Ce chapitre essaie de
comprendre pourquoi les groupes sont parfois des
lieux de participation sociale, de réconfort,
d’échanges, mais également des lieux d’exclusion
et de brutalité psychologique. Ce chapitre se
veut une introduction aux connaissances générales
sur le fonctionnement des groupes et ses effets
sur l’expérience individuelle des membres. Les
auteurs définissent les normes et s’interrogent
sur l’influence du conformiste ou de la défiance
de celles-ci. Une section traite du rôle des
membres dans un groupe. Ils abordent également
les relations entre les membres et le leader et
leurs impacts sur le comportement de chacun. La
question du fonctionnement externe est également
traitée. Elle aborde la question des relations
entre les groupes, de la naissance de conflits et
de la discrimination intergroupe.
Le quatrième
chapitre présente des exemples de fonctionnements
groupaux: celui du groupe de Roch "Moïse"
Thériault, celui de l’Ordre du Temple Solaire
(OTS) ainsi que celui d’Heaven's Gate (Porte du
Paradis). Ces portraits tracent le parcours du
groupe, de sa création aux événements violents
qui ont conduit à l’agression physique ou à la
mort de certains membres. Le cinquième chapitre
porte sur les questions les plus fréquemment
posées aux représentants d’Info-Secte ainsi que
sur les réponses données.
Finalement,
six annexes complètent le texte. Ces annexes
traitent de questions fréquemment utilisées dans
l’étude du phénomène sectaire et du
fonctionnement des groupes. Les annexes abordent
la question des manipulations mentales et des
processus d’influence. Elle présente une liste de
définition du terme secte et nouveaux mouvements
religieux. Elle présente les phases théoriques de
développement d’un groupe ainsi que le processus
de socialisation. La dernière annexe présente une
analyse de différentes réactions gouvernementales
au phénomène sectaire.
Vivian, A. (2003). Les
sectes. Éditions Odile Jacob, 2003
Dans son
livre, Alain Vivian, cet ancien directeur de la
Mission interministérielle de lutte contre les
sectes (MILS), expose différents problèmes liés
aux sectes et observés en France.
Ce texte
peut être décrit comme un ouvrage intéressant
afin de comprendre l’état de la question sectaire
en France. Nous pouvons toutefois mettre un bémol
sur l’analyse que fait l’auteur des réactions
gouvernementales face aux sectes. Il analyse les
réactions gouvernementales de différents pays à
l’aide de son propre cadre de référence, sans
toutefois s’interroger sur les motivations, les
actions qui ont conduit certains gouvernements à
adopter une stratégie particulière.
Voici un
résumé des différents thèmes présentés.
Il aborde
la difficulté de définition juridique du terme
secte. Pour cet auteur, il existe plusieurs
définitions du terme secte. Pour Vivian,
certaines définitions sociologiques définissent
les mouvements sectaires uniquement comme des
formes de religiosités nouvelles. Pour l’auteur,
les définitions sociologiques ne permettent pas
de comprendre l'influence des sectes sur
l’intégrité physique et psychologique de leurs
membres.
L’auteur
souligne également le refus des représentants
religieux français de définir comparativement la
notion de secte et d‘église. L’observatoire du
comportement sectaire précise toutefois quelques
différences entre ces deux groupes:
|
Secte |
Église |
|
L’entrée dans une secte est facile
|
L’entrer dans l’Église est plus complexe,
elle n'est possible qu'à la suite d'une
longue probation. |
|
la
sortie de la secte est difficile |
la
sortie de l'église est difficile |
|
Le
gourou détient la vérité |
Étude des textes sacrée, leurs discussions
approfondies permettent une meilleure
compréhension qui ne se traduit pas en vérité
absolue |
|
La
secte a réponse à toutes les questions |
La
foi religieuse cherche les réponses |
Jean-Pierre
Morin propose la notion de viol psychique ainsi
que l’idée de créer un délit de viol psychique.
Cette notion initialement intéressante est
rejetée parce que le délit de viol psychique est
difficilement identifiable. Il serait difficile
de définir cette infraction. En fait, l’auteur
reconnaît qu’il est difficile d’identifier un
seuil nocif de prosélytisme menant au viol
psychique. Devant les difficultés de définition
d’un tel délit, cette expression a été
abandonnée.
L’auteur se
demande alors si le sectarisme est
insaisissable. L’auteur ne le croit pas. Pour
lui, le nombre important de grilles d’analyse du
comportement sectaire permet de reconnaître
l’existence du sectarisme. Il présente les
caractéristiques d'une secte telles que
présentées par la commission parlementaire sur la
question des sectes de 1999, les analyses de
Trouslard, de Monroy et de Anne Fournier. Ces
deniers reconnaissent globalement qu’une secte
peut être définie par la présence d’un gourou
autoritaire et autocratique, par la présence
d’une philosophie exclusiviste et intolérante,
par la présence d’une vision totalitaire du monde
ainsi qu’un détachement du membre avec ses
proches.
Il retient
toutefois la définition de la Mission
interministérielle de luttes contre les sectes de
(1998) comme la définition la plus complète du
terme secte :
La secte est un groupement ou une
association de structure totalitaire déclarant ou
non des objectifs religieux, dont le comportement
porte atteinte aux droits de l’Homme t à
l’équilibre social.
Dans un
autre chapitre, l’auteur aborde la question de
typologie des sectes. S’interrogeant d’abord sur
l’idée de dénombrer le nombre de sectes sur le
territoire français, il reconnaît que cette idée
n’a qu’une utilité restreinte, puisqu’il n’existe
aucun lien proportionnel entre le nombre de
sectes et la nuisance sociale causée par ces
groupes.
L’auteur
relate alors les tentatives de certains auteurs
de classifier les sectes par certaines de leur
spécialisation, par exemple sur la base de leurs
techniques de recrutement.
Il précise
alors l’effort de classification des sectes selon
leur doctrine. Par exemple l’effort pour
distinguer les sectes d'orientation nouvel âge,
néopaïenne, les mouvements sataniques… Pour
l’auteur, cette stratégie ne peut être efficace
puisqu’un même groupe peut présenter différentes
orientations doctrinales.
L’auteur
conclu alors qu’une typologie des sectes basée
sur leurs stratégies de regroupement ou sur leur
philosophie ne permet pas de comprendre le
caractère nocif de ces groupes. Il propose alors
dans le chapitre suivant de reconnaître les
comportements condamnables commis le plus
fréquemment par les sectes.
Il analyse
alors l’ensemble des infractions commises par les
sectes sur le territoire français entre 1990 et
2000. Voici les conclusions de cette analyse:
- Les
infractions contre les mineurs:
§
Les mineurs sont
les premières victimes des sectes. 161 affaires
sur 490 portaient sur des crimes commis contre
des enfants et des adolescents. Les agressions
sexuelles, le viol et l’attentat à la pudeur sont
les infractions contre les mineurs les plus
fréquemment rapportées devant les tribunaux.
§
Les mineurs sont
également victimes de privations de soins, de
privations alimentaires, d’abandon.
§
Le défaut de
scolarisation des enfants constitue une autre
offense dont sont victimes les mineurs membres
des sectes.
- Les
infractions économiques
§
Les escroqueries
sont également au nombre des infractions commises
par les sectes et portées à l’attention de la
justice.
- Les
attentats contre la personne
§
L’irrespect de la
loi informatique, la constitution illégale de
fichier, l’usurpation d’identité, le chantage, le
racket;
§
Assassinat,
homicide involontaire, violence avec armes;
§
L’atteinte à la
santé des membres par l’exercice illégal de la
médecine.
Dans le
chapitre suivant, l’auteur décrit quelques
méthodes utilisées par les sectes afin de se
servir de la justice afin d’atteindre leurs
objectifs.
Il mentionne
par exemple la stratégie de certaines sectes
transnationales de prolonger un procès afin de
créer une polémique, d’obtenir de la publicité et
de se faire connaître du grand public. Les
sectes peuvent également discréditer les acteurs
de la justice, avocat, juges … Lors du procès,
ils peuvent demander à leurs partisans de
composer la salle au procès afin d’influencer le
jury.
Les groupes
sectaires essaient également de s’engager dans
différentes institutions afin d’obtenir un
certain pouvoir. Ils utilisent également le
lobbying afin d’influencer les décisions des
instantes gouvernementales.
L’auteur
analyse la tendance des sectes de se réfugier en
Amérique. Dans son chapitre l’auteur comprend
que par leur histoire les États-Unis réagissent
favorablement aux minorités religieuses.
Toutefois, il reproche aux politiciens américains
la protection qu’ils offrent à certains groupes
sectaires transnationaux. En fait, l’auteur
reconnaît que le pouvoir politique américain a
été amené par des lobbies de certaines sectes à
enquêter sur l’état du respect des libertés
religieuses dans le monde. En 1999, des
fonctionnaires d’état américain parcourraient le
monde afin d’analyser le respect des libertés
dans le monde. Selon Vivian, le rapport sur la
base des témoignages des représentants de sectes
formula des allégations infondées contre la
France.
L’auteur
note également les relations étroites que
l’ancien président Clinton avait avec l’Église de
scientologie ainsi que le président Bush avec des
groupes fondamentalistes protestants.
L’auteur
fait également le point sur les réactions face
aux sectes en Europe et dans le monde. Après
avoir fait le bilan des actions ou de l’inaction
gouvernementale, en Belgique, en France, en
Angleterre, au sein de la communauté européenne.
Il conclut qu’outre les efforts de la France pour
modifier les lois afin qu’elles permettent de
protéger les membres de sectes contre des gourous
manipulateurs, les gouvernements sont
généralement négligents face aux sectes. Il note
le laxisme juridique de plusieurs gouvernements,
la dérobade des religions face aux courants
intégristes ainsi que les dissertations stériles
des chercheurs en sciences humaines.
Fillaire, Bernard, &
Tavernier, Janine. (2003). Les sectes.
Paris: Le Cavalier Bleu, 123 pp.
Paru dans la
collection "Idées reçues," l'ouvrage développe
une série de points de vue sur les sectes. Le
livre est divisé en court chapitre, une idée
reçue sur les sectes est présentée dans chacun
d'eux. L’information contenue dans ce livre est
appuyée par plusieurs exemples de l’histoire de.
sectes. Les auteurs ont peu recours aux écrits
scientifiques afin de démontrer leur point de
vue. Les auteurs se basent plutôt sur leur
connaissance pratique du phénomène sectaire. Dans
ce court livre, les auteurs abordent
spécifiquement les idées reçues concernant la
question des sectes destructrices. Voici un
résumé des différentes idées reçues présentées.
Le livre
débute rapidement avec une définition critique du
terme secte. Pour ces auteurs, le sens du terme
secte est piégé. Utilisé tant sur un plan
sociologique ou psychologique, ce terme n’a
aucune valeur juridique. Les auteurs espèrent
qu’un travail sera fait dans ce sens, afin de
distinguer entre dissidences religieuses et
sectes destructrices. Pour eux, peu de recherches
permettent de distinguer les groupes aux idées
"délirantes" qui respectent les droits
fondamentaux des croyants des groupes sectaires
destructeurs.
Idée
reçue 1: Une religion est une secte qui a réussi
Pour ces
auteurs, les sectes destructrices ne sont pas des
religions, mais plusieurs d’entre elles utilisent
des symboles religieux afin de faciliter leur
intégration ainsi que leur acceptation sociale.
Les sectes destructrices utilisent par exemple
certains signes, certaines croyances, de
religions connues afin de séduire le futur
adepte. Ces derniers se sentent donc
initialement familiers avec le groupe et ses
croyances, puisque le groupe utilise des symboles
qu’ils connaissent.
Pour les
auteurs, l’utilisation de symboles religieux est
également un atout dans les situations où une
secte destructrice connaît des démêlés avec la
justice. Elle peut ainsi se présenter comme une
victime de l’intolérance religieuse. L’avantage
d’utiliser une étiquette de religion est
également moral: elle donne une honorabilité et
une respectabilité qui accrochent les gens en
recherche de transcendance.
Idée
reçue 2: Les sectes ne touchent que les pays
riches
Dans la vie
quotidienne, l’étiquette de secte est rapidement
apposée aux groupes qualifiés de bizarres,
d'étranges. Pour ses auteurs, il est important de
faire preuve de prudence, il ne faut pas devenir
paranoïaque et croire que les sectes se
retrouvent partout dans la société.
Par exemple,
bien que les sectes peuvent utiliser les
médecines alternatives comme voie de croyances,
ceci ne signifie pas que l'ensemble de ces
médecins soit des gourous en puissance.
Afin d’aider
le lecteur, les auteurs citent 13 familles de
sectes, telles que décrites dans le rapport sur
les Sectes et l’argent publié par l’Assemblée
nationale française en 1999.
- Les
sectes alternatives: elles proposent une
organisation parallèle de notre société et de
nos rapports humains
- Les
sectes apocalyptiques
- Les
guérisseuses
- Les néo
païennes
- Le nouvel
âge
- Les
orientalistes des déviances du bouddhisme
- Les
pseudo-catholiques et les pseudo-protestantes
- Les
pseudo-psychanalitiques
- Les
sataniques et les lucifériennes
- Les
syncrétismes
- Les
ufologistes ou les soucoupistes
Idée
reçue 3: Les sectes sont communautaires
Dans ce
chapitre, les auteurs abordent la question du
mode de vie privilégié par les sectes. Est-ce
que les sectes vivent en communauté fermée?
Se basant
sur l’exemple de différents groupes (Témoin de
Jéhovah, la scientologie, la secte de Moon, le
Mandaron), les auteurs concluent que les sectes
ont compris qu’afin de recruter de nouveaux
membres, d’augmenter leurs profits et d’accéder
au pouvoir, elles devaient s’intégrer dans leur
milieu. Elles devaient acquérir un statut social.
Alors même si les sectes forment des communautés,
elles ne sont souvent pas complètement fermées au
monde extérieur.
Idée
reçue 4: Les gourous sont des fous?
Le mot
gourou vient du terme sanskrit GURU qui signifie
vénérable maître spirituel ou religieux. Un
maître qui n’exige de ses adeptes aucun signe de
soumission. Le gourou enseigne et espère le mieux
pour ses élèves. Il n’est pas en quête de
miracle, il aide ses élèves à s’accepter. Pour
les auteurs, les gourous de sectes contemporaines
sont loin de correspondre à cette image. Ils sont
plutôt craints, aimés, adulés et admirés. Ils
sont décrits comme des sauveurs qui sont investis
d’une mission divine.
Le gourou
n’est pas décrit comme fou, mais comme un être
paranoïaque. Il présente également un délire
d’identification à Dieu, il se prend pour Dieu.
Il désire dominer, il s’invente ainsi des
pouvoirs supra normaux. Il développe parfois un
complexe de persécution, voyant toute personne
extérieure à la secte comme un danger potentiel.
Certains ont des problèmes sexuels. Les auteurs
reconnaissent finalement que le gourou n’existe
pas sans la présence d'adeptes et les adeptes
n'existent pas sans un leader. Il existe une
relation entre le leader et l’adepte qui permet à
ses deux protagonistes de sentir grandir, de se
sentir importants.
Idée
reçue 5: Pour entrer dans une secte, il faut être
faible d’esprit
Pour les
auteurs, plusieurs croient faussement qu’on
"entre dans une secte." Pour eux, aucun individu
ne choisit de devenir membre d’une secte. Tout se
fait progressivement. Initialement, une personne
entre dans un groupe qui correspond à ses idéaux,
qui répond à certains de ses besoins, qui lui
propose un changement. Après le départ de la
secte, l’expérience initialement positive
devient aliénante pour l'ex-membre. L’ancien
adepte reconnaît alors avoir été membre d’une
secte.
Les
personnes qui sont manipulées par un groupe
sectaire ne sont pas faibles d’esprit. Pour
l’auteur, par exemple les personnes qui ont un
baccalauréat sont plus à risque de devenir membre
d’une secte, parce qu’ils sont souvent à la
recherche d’un idéal. Pour les auteurs, les
sectes ciblent plus souvent les êtres en
détresses pour devenir membre
Idée
reçue 6: Les adeptes sont plus épanouis dans la
secte qu'auparavant
L’idée
traitée dans cette section porte sur l’effet
initial que peut avoir la secte sur le membre.
Dans les premiers moments, l’adepte peut
ressentir une paix, un calme intérieur et un
grand bonheur, après son initiation. Le
sentiment de calme que ressent l’adepte peut
s’expliquer par les réponses que lui apporte le
groupe. L’adepte rencontre un groupe, un gourou
qui lui donne accès à une nouvelle façon de
comprendre sa réalité. Les réponses que donne le
groupe peuvent alors ressentir un calme qu’il
n’éprouvait pas avant son entrée dans le groupe.
Pour ces auteurs, la radieuse insensibilité des
adeptes peut devenir problématique et mener à
l’acceptation de maltraitance afin d’atteindre
l’idéal.
Idée
reçue 7: les adeptes sont des victimes
Pour les
auteurs, les adeptes sont victimes de
manipulation mentale. Dans ce contexte, le membre
peut accepter de commettre des actes criminels.
Alors qu'il n'était pas criminel auparavant, les
techniques d'influences transforment ses
convictions. Des comportements considérés, comme
répréhensible avant l'entrée dans le groupe sont
maintenant décrits par l'adepte comme
acceptables.
Idée
reçue 8: Les sectes encouragent le suicide
La secte
offre le choix à l’adepte de suivre ou mourir ou
même parfois de suivre et mourir. En fait, le
groupe commet généralement l’assassinat moral des
membres. Pour l’individu, l’ensemble des sectes
destructrices sont décrites comme dangereuse,
certaine conduisant même leur membre vers un
suicide collectif.
Idée
reçue 9: Les enfants sont les plus maltraités
Les sectes
instruisent les enfants en leur transmettant une
pensée dichotomique: le bien est dans la secte et
le mal à l’extérieur.
L’intégrité
psychologique des enfants est souvent mise en
péril dans ces groupes. Ainsi, l’enfant se
retrouve isolé, sans lien possible avec leurs
parents. Éduqué par une tierce personne, le
leader devient souvent le père des enfants du
groupe. Le droit à l’intégrité physique des
enfants est souvent bafoué dans les sectes, ainsi
ils n’ont souvent pas accès à des soins médicaux
adéquats, ils sont soumis à un régime alimentaire
pauvre. Parfois, le châtiment corporel peut être
utilisé comme mode de sanction.
Idée
reçue 10: un ancien adepte ne retrouve jamais une
vie normale
Après leur
sortie du groupe, les anciens membres vivent de
nombreuses difficultés. Ils doivent faire face à
la honte qu’ils ressentent d’avoir intégré une
secte. Ils doivent réapprendre à se faire
confiance. L’ancien adepte sort physiquement de
la secte, mais mentalement la philosophie du
groupe influence encore sa vie. La culpabilité,
l’anxiété, la peur de représailles sont
quelques-uns des sentiments éprouvés par les
adeptes à leur sortie.
Idée
reçue 11: les sectes se servent des textes
religieux pour créer leur doctrine.
Pour les
auteurs, les doctrines créées par les sectes sont
des produits de consommation qui ont pour but
premier de séduire l’adepte.
Les
doctrines incluent souvent la notion de
cataclysme ou de catastrophe. Cette notion
permet d’introduire l’idée que seuls les membres
du groupe survivront à l’apocalypse.
Parfois, les
sectes peuvent utiliser des textes sacrés. Par
une lecture fondamentaliste de ces derniers, elle
peut manipuler l’adepte à faire certains choix ou
à adopter certains comportements.
Idée
reçue 12: les sectes parlent d’amour
L’amour est
utilisé comme un outil de manipulation dans les
sectes. Pour les auteurs, la notion d’amour prend
un autre sens dans les sectes: l’amour doit être
exclusif au gourou. L’amour physique est parfois
partagé avec le leader voire avec les autres
membres du groupe. Au nom de l’amour, les
membres acceptent parfois même que les enfants
soient violés.
Idée
reçue 13: les sectes répondent aux grandes
questions de la société
Pour les
auteurs, les sectes possèdent une réponse à
toutes les questions. Elles développent des
explications à toutes les questions, peu importe
qu’elles portent sur la criminalité, la
citoyenneté, le racisme, la drogue, la
corruption, la guerre, le travail ou la famille,
les sectes possèdent les "vraies" réponses.
Idée
reçue 14: les sectes sont apolitiques
Pour les
auteurs, les sectes se décrivent souvent comme
apolitique, sans sympathie pour un parti
politique ou un autre. Pourtant nombreuses sont
celles qui ont le projet de former des
gouvernements mondiaux. Prônant la théocratie,
certaines sectes aspirent à diriger le monde
Idée
reçue 15: but premier des sectes: l’argent
Pour les
auteurs, quelques-unes des sectes aux
ramifications internationales vivant sur le
territoire français n’ont qu’un désir, celui de
devenir une puissance économique. Le pouvoir
financier des sectes est toutefois acquis au coût
de diverses infractions au code du travail ou au
code de la sécurité sociale. Les sectes ne sont
pourtant pas des organisations mafieuses.
L’argent amassé vise à promouvoir l’idéologie du
groupe, la démarche spirituelle des membres.
Idée
reçue 16: Les lois sont impuissantes contre les
sectes
Cette
proposition est fausse selon les auteurs, puisque
le pouvoir public français dispose de lois pour
réprimer les actions frauduleuses des membres:
- Article
313-4: qui sanctionne l’abus frauduleux de
l’état d’ignorance ou de situation de
faiblesses des mineurs;
- Article
225-13: le fait d’obtenir les services gratuits
d’une personne en abusant de sa vulnérabilité
ou de sa situation de dépendance;
- Article
225-14: le fait d’obtenir la soumission d’une
personne en abusant de sa vulnérabilité ou de
sa situation de dépendance.
Tavernier, Janine. (2003).
20 ans de lutte contre les sectes. Paris:
Éditions Michel Lafond, 238 pp.
Ce livre
informatif est l’œuvre d’une militante de
l’UNADFI. Après vingt ans de lutte contre les
sectes, Janine Tavernier trace un portrait des
caractéristiques souvent présentes dans un groupe
sectaire. Elle nous transmet son savoir
d’expérience auprès des anciens membres, en se
basant sur de nombreux exemples. Voici donc un
résumé des principales conclusions de l’auteure..
Pour
l’auteur, la structure hiérarchique de la secte
est rassurante pour les nouveaux membres qui ont
perdu leurs repères. Dans le but d’accéder à une
position valorisante et importante dans la
hiérarchie du groupe, l’adepte se soumet au
leader. L’adepte comprend que la moindre
déviance aura pour effet de compromettre son
cheminement dans le groupe.
L’auteur
décrit le gourou comme un illusionniste, une
personne qui n’hésite pas à utiliser différentes
techniques afin de manipuler les adeptes. Elle
relève dans ce sens l’utilisation d’hologrammes
par Jo di Mambro, afin de convaincre les membres
de l’Ordre du Temple Solaire qu’il communiquait
avec les Êtres supérieurs.
Les sectes
se définissent souvent comme des victimes de
persécution sociale. Parfois, certains groupes
croient même être surveillés par de nombreuses
instances internationales. Lorsque les membres de
la secte se reconnaissent au cœur d’un complot ou
d’une enquête, ils se sentent valorisés par ces
événements. Ainsi, ils se définissent comme
membre d’un groupe important dans l’échiquier
mondial.
Pour
l’auteur, les sectes utilisent le religieux afin
de séduire leurs membres. Il présente aux futurs
membres une nouvelle vision du monde à l’aide de
références connues. Le futur membre se sent alors
rassuré par les éléments familiers et stimulé par
les éléments nouveaux.
Pour
l’auteur, une secte doit nécessairement être
définie comme un groupe dangereux. Certaines
sectes portent atteinte à l’intégrité physique de
leurs membres en promettant la santé. Sous le
statut de guérisseur, elles endoctrinent des
membres désespérés à trouver une solution à leur
problème de santé, peu importe la maladie, les
leaders de sectes ont la solution. Dans ces
groupes, les membres doivent parfois se soumettre
à un régime alimentaire restrictif. La secte
affaiblit donc le corps afin de domestiquer
l’esprit.
Les sectes
développent souvent leur propre langage, elle
transmet aux membres un code de connaissances qui
a pour effet de créer une rupture avec la société
existante.
La secte se
présente toujours de manière à séduire le membre
potentiel. Le groupe essaie dès le début de
l’engagement de la personne dans le groupe de
l’endoctriner et de la dominer.
Dans le
discours du leader, l’argent est décrit comme un
moyen de prouver l’amour des adeptes envers le
leader. L’argent est une ressource nécessaire à
la survie du groupe, il permet de poursuivre la
transmission du message.
Pour
l’auteure, les enfants sont des membres
importants des sectes. Ils sont faciles à
manipuler, ils sont silencieux et ils assurent la
pérennité du groupe. L’éducation des enfants
dans le groupe est souvent enracinée dans des
pratiques nocives pour l’intégrité physique,
intellectuelle et psychologique des enfants. Par
exemple, la séparation systémique de l’enfant et
de ses parents, l’éducation sexuelle imposée, le
refus d’intervention médicale sont autant de
pratiques qui mettent en danger la sécurité des
enfants.
Pour
l’auteure, tout groupe totalitaire est porteur de
violence. La criminalité est fréquente dans les
sectes, puisque pour eux seule la loi de Dieu ou
du leader existe. Les infractions au Code pénal
importent peu puisqu’elles sont approuvées par
une instance supérieure.
Analyse du Fonctionnement
d’un Groupe Sectaire
Trois
groupes différents ont été le sujet d’étude de
cinq documents. Le groupe Raëlien, l’Église de
scientologie et les Témoins de Jéhovah.
L’année
2003 peut être décrite comme l’année médiatique
des Raëliens. Dès janvier de cette année, ce
groupe faisait la manchette des journaux avec
l’annonce de la naissance du premier bébé cloné.
Le fondateur du groupe fut même interviewé par
CNN, Larry King et des journalistes de la BBC.
Sans mettre de l’avant le côté sensationnalisme
du groupe, Bisaillon (2003) présente une étude
descriptive bien documentée du groupe. Il retrace
ainsi l’évolution du groupe et sa philosophie. Ce
livre est une source d’information intéressante
sur ce groupe.
Bisaillon, Martin. Enquête
sur le mouvement raélien. Montréal: Éditions
Les Intouchables.
Ce livre est
le résultat d’une enquête réalisée par Matin
Bisaillon, un journaliste québécois. L'analyse
approfondie des écrits du groupe, de documents
ministériels, d’articles de journaux ainsi que
d’entrevues permet à l'auteur de décrire en
détail l'histoire de groupe et sa philosophie.
Dans les paragraphes qui suivent, vous trouverez
donc un résumé de l’information dans ce livre.
La vie de Claude Vorilhon
avant de devenir Raël
Pour les
membres des raëliens, Claude Vorilhon est né le
25 décembre 1945. Fils de Iahvé et d’une mère
terrienne, il est le demi-frère de Jésus. Pour
l’auteur, cette version de la naissance de Claude
Vorilhon est contradictoire avec les données
factuelles. Ainsi, Claude Vorilhon est né le 30
septembre 1946 dans la ville d’Ambert en France.
Fils illégitime d’un juif alsacien, il est élevé
par sa mère, sa tante et sa grand-mère.
À l’âge de
15 ans, il quitte Ambert pour Paris. À cette
époque, il change de nom, Claude Vorilhon devient
alors Claude Celler chanteur. Il essaie alors de
percer dans le domaine de la chanson, il obtient
toutefois peu de succès. Après, le suicide de son
agent, il redevient Claude Vorilhon et se lance
dans le journalisme. À cette époque, il épouse
une jeune infirmière avec laquelle il aura deux
enfants.
Entre 1970
et 1971, il travaille dans un journal automobile
de Dijon. Se passionnant pour la course
automobile, il décide de fonder son propre
journal AutoStop. En 1973, la crise du pétrole
et l’interdiction du gouvernement français de
tenir des courses automobiles et des rallyes
obligent Vorilhon à cesser la publication de la
revue.
La révélation: la fondation
de la doctrine
Vorilhon
devient Raël le 13 décembre 1973, peu de temps
après la fermeture de la revue de sport
automobile qu’il avait mise sur pied. Il se rend
alors en Auvergne ou il rencontre des
extra-terrestres. L’un d’eux, lui révèle que les
hommes ont été créés par les Élohim dans les
laboratoires. L’un des extraterrestres confie une
mission à Vorilhon: celle de raconter aux hommes
sa rencontre avec les extra-terrestres et assurer
la transmission de leur message.
Vorilhon
raconte donc à qui veut l’entendre que les hommes
on une mission, celle de réagit au message des
Élohim. Cinq jours après cette rencontre, les
Élohim dictent un message à Vorilhon, il rédige
alors le premier livre de la philosophie
raëlienne. Ils ont confié à M. Vorilhon que les
Élohim avaient créé la terre il y a 25 000 ans.
Créant d’abord les animaux, ils ont ensuite créé
des hommes à leur image. Les différentes ethnies
correspondantes à des équipes différentes de
créateurs Élohim.
Les Élohim
expliquent à Vorilhon l’importance de la
géniogracie, c’est-à-dire la création d’un
gouvernement mondial constitué de génies qui
décideront du sort du monde entier.
Selon des
entrevues avec des amis d’enfance de Claude
Vorilhon, il aurait rédigé son premier livre sur
les Élohim dans un bistro. Il décide après
plusieurs discussions avec ces amis de rédiger
son histoire et de le faire circuler. Selon eux,
Vorilhon n’aurait pas rencontré les
extraterrestres.
Le 13 mars,
1974, Volrilhon est invité à participer à une
émission de télévision afin de discuter de son
"expérience" avec les extra-terrestres. Après son
passage, il reçoit des milliers de lettres de
personnes qui croient en son histoire. Ce
passage à la télévision marque le début du
groupe.
En 1975, il
fonde le Mouvement pour l’accueil des Élohim
créateurs de l’humanité en laboratoire (MADECH).
Le 31 juillet 1975 , il reçoit une seconde visite
des extraterrestres et il écrit un second livre.
Il déménage alors à Périgord, où il reçoit la
visite de gens qui veulent rencontrer Raël. Le 5
juillet 1975, il quitte le MADECH.
Le 7 octobre
1975, il reçoit une autre visite des Élohim, ces
derniers lui dicteront le fondement que devra
prendre l’autorité morale de Raël sur les
personnes qui décideront de le suivre.
La consolidation du groupe
Dans ce
chapitre, l’auteur décrit la visite de Raël avec
les Élohim et il présente certaines règles qui
gèrent la vie dans ce groupe.
Le 7 octobre
1975, Raël raconte avoir visité les Élohim. Au
cours de cette rencontre, il apprend qu’il aura
accès à la vie éternelle. Lors de cette visite,
il dîne avec d’autres humains extraordinaires
tels que Jésus, Moïse, Mahomet... Après le repas,
il est conduit dans une chambre où un Élohim lui
fabrique six femmes qui répondront pour la nuit à
ses moindres désirs. Lors de cette visite, son
cerveau est branché à un ordinateur, il devient
alors l’homme le plus intelligent du monde. Raël
apprend également que les personnes qui le
suivront seront accueillies au pays des Élohim.
Au cours de
ce voyage, Raël reçoit les lois qui devront
guider sa vie et celles des membres de son groupe
sur terre. Il promet un monde meilleur à ses
membres par l’établissement de la géniocratie, le
monde dirigé par des génies. Il encourage
également ses membres à faire don de leurs biens
au groupe au moment de leur mort. Pour l’auteur,
ces règles sont les premiers signes de dérives du
groupe.
L'expansion du groupe
En 1977, la
corporation canadienne du mouvement raëlien est
fondée à Montréal (Québec) ainsi que le mouvement
raëlien international à Genève.
À la même
époque, Raël crée une fondation au Liechtenstein,
celle-ci a pour mission de percevoir les droits
d’auteurs des livres rédigés par Raël ainsi que
de subvenir à ses besoins. En 2002, cette
fondation déménage à une adresse secrète pour la
plupart des membres.
En 1977,
Raël publie un livre intitulé "Géniogracie." Il
expose alors son programme politique. L’auteur
le qualifie de totalitaire.
En 1979,
Raël publie "Accueillir les extra-terrestres." Un
livre qui annonce la fin du monde par la guerre
atomique. Dans ce dernier livre, Raël se prononce
également sur l’éducation des enfants. Il
précise que la violence dans le monde disparaîtra
quand les hommes jouiront pleinement de leur
sensualité. La théorie de la sensualité vient
donc d’être créée. Dans ce contexte, les enfants
du groupe doivent être éduqués à la sensualité,
ils doivent apprendre comment obtenir et donner
du plaisir. Le livre ne spécifie toutefois pas
comme les parents doivent procéder pour éduquer
leurs enfants à la sensualité.
En 1980,
Raël publie un livre sur la "Méditation
sensuelle." Selon Raël la méditation sensuelle
permet de repousser les limites imposées par la
société.
Dans les
années 90, le groupe se lance dans un mouvement
de provocation au Québec, afin disent-ils de
séduire les adolescents. En 1994, le groupe
obtient au Québec le statut de corporation
religieuse, il devient donc l’Église Raëlienne.
En 2002,
Raël est publié pour la première fois par une
maison d’édition québécoise. Il crée également
la revue contact publiée également aux éditions
Québécor.
Clonaid
Le clonage
est à la base de la philosophie du groupe. Raël
explique d’ailleurs qu’un jour il sera possible
de transférer le cerveau d’un être humain dans
son propre clone. Ainsi, un homme de soixante ans
pourra retrouver son corps de 18 ans tout en
conservant son intelligence et son expérience.
Neuf jours
après le clonage de la brebis Dolly, Clonaid est
crée par Brigitte Boisselier. De 2000 à 2002, des
jeunes femmes sont présentées à la presse comme
de futures mères porteuses. Clonaid est
finalement financé en juin 2001 par un riche
américain. Il finance le Clonaid, afin que le
groupe clone son fil décédé. Il investit plus de
500 000 us dans ce projet. En août 2001, cet
homme se dissocie de Mme Boisselier trouvant que
cette dernière recherchait trop l’attention des
médias. Le 28 mars 2001, Claude Vorilhon et
Brigitte Boisselier rencontrent le sénat
américain afin de discuter de clonage.
Le 27
décembre 2002, Brigitte Boisselier annonce la
naissance du 1er bébé cloné. L’effet
de cette annonce propulse le groupe en première
page des journaux partout dans le monde. En deux
jours, le site Internet du groupe attire un
million et demi de visiteur. Pour Raël, Clonaid
est devenu l’outil par excellence de transmission
de son message.
La famille et les enfants
dans le Mouvement Raëlien
Dans ce
chapitre l’auteur aborde la place et le sens des
enfants et de la famille dans le mouvement
Raëlien.
Pour Claude
Vorilhon, les jeunes doivent avoir une liberté
d’agir et de penser sur le plan sexuel, politique
et spirituel dès l’âge de 14 ans. L’éveil de la
sexualité de l’enfant est important dans la
philosophie du groupe. L’éducation sensuelle
doit être à la base de l’éducation. Raël se
défend bien de valoriser le comportement
pédophile. Afin de s’éloigner de cette image, il
fonde en 2001 un site Internet qui encourage la
dénonciation des prêtres catholiques agresseurs
sexuels.
Pour Raël,
les enfants doivent être perçus aux yeux de leurs
parents comme un objet d’épanouissement
réciproque. Dans cette logique, un parent vit
avec ses enfants dans la mesure où il favorise
son épanouissement.
La géniocratie
Dans ce
chapitre l’auteur aborde le concept de
géniocratie et son utilisation par Raël.
La
géniocratie propose de réformer la constitution
des gouvernements du monde afin que seuls les
êtres géniaux dirigent le monde.
La philosophie du groupe: une
copie !
L’auteur introduit l’hypothèse selon laquelle
Raël aurait plagié son premier livre sur l’œuvre
de Jean Sendy intitulé "La lune clé de la bible"
publié chez Gallimard.
L’autre visage des raëliens
Pour
l’auteur, le but premier de l’existence du groupe
est économique. Pour l’auteur, le discours de
Raël est d’abord orienté vers la recherche de
profit. Ainsi, le groupe vend une quantité
importante de produits (livres, médaillons).
Dans les écrits du groupe, l’achat de livres ou
de produits dérivés est décrit comme un acte
d’amour envers Raël. Un geste qui permet au
leader de vivre. Afin d’augmenter les profits du
groupe, Raël déclare même dimanche jour de
diffusion, jour où les membres se rendent sur la
place publique pour vendre ses œuvres. Les jours
de diffusion ont également un autre objectif,
celui d’encourager la ferveur des membres, plus
ils sont convaincus, plus ils s’investissent dans
le groupe.
L’attention
médiatique est une autre obsession du groupe.
Ainsi dans la revue du groupe, un résumé des
interventions médiatiques est fait. Raël se dit
victime des médias, il affirme que les
journalistes sont manipulés. Pourtant, il se
sert bien des médias. Il parvient même à être
reçu à l’émission de Larry King à CNN.
L’orgueil
est un terme important dans l’organisation
raëlienne, ainsi lorsqu’un membre remet en
question le groupe, la philosophie ou Raël, il
est rapidement décrit comme orgueilleux. Un
membre trop orgueilleux pour transmettre le
message est rapidement exclu du groupe.
Les anges
Depuis le 13
décembre 1997, Raël crée l’ordre des Anges, une
organisation de femmes dévouées qui a pour
mission de servir Raël.
La paranoïa du leader
Depuis peu,
Raël croit être surveillé par les services
secrets. Il exige ainsi une soumission totale de
ses membres afin de prévenir toute forme de
fuite.
Renard, J.-B. (2003). Le
mouvement raëlien: les raisons d'un succès.
Psychologie et société. Logique sociale des
phénomènes sectaires. 3, 2. 116-131.
Le groupe
Raëliens est l’un des rares groupes
"soucoupistes" à avoir survécu au passage du
temps. L’auteur analyse le fonctionnement du
groupe afin d’identifier les facteurs qui
expliquent la pérennité du groupe.
L’auteur
identifie trois facteurs qui ont fait le succès
du groupe: la doctrine, le leader charismatique,
la créativité sociale permanente.
La doctrine
Pour
l’auteur, deux éléments particuliers de la
doctrine séduisent les membres, le créationnisme
extraterrestre et l’éthique morale du groupe.
Le
créationnisme extraterrestre défend une vision
athée de l’univers. Il explique que les hommes
ont été créés par des extraterrestres en
laboratoire. Raël rejette ainsi dans sa doctrine
l’origine animale de l’humanité. Raël interprète
même la bible en fonction de cette croyance.
Ainsi, il explique par exemple que les trompettes
de Jéricho étaient une arme ultrason.
L’éthique
morale du groupe séduit de nombreux nouveaux
membres. Le groupe prône ainsi une fraternité
libertaire. Le but de la fraternité libertaire
est de supprimer l’agressivité par
l’épanouissement de l’humanité.
Le leader charismatique
Pour
l’auteur, la personnalité charismatique de Raël
peut expliquer la pérennité du groupe. Il précise
toutefois que le charisme de Raël n’est pas inné,
mais le produit d’une construction sociale des
membres importants du groupe. Il explique que le
mythe construit est le résultat des efforts des
membres les plus importants du groupe Raëlien.
Ils ont progressivement créé un culte de Raël.
Ils ont également introduit un système complexe
de relation qui rend Raël inaccessible aux
nouveaux membres. Raël est perçu par les membres
comme un médiateur capable de résoudre les crises
sociales et personnelles vécues par les membres.
Une créativité sociale
permanente
Pour
l’auteur, les membres maintiennent leur
appartenance au groupe en raison des activités
diverses et fréquentes du groupe, des activités
de prosélytismes qui consolident le lien des
membres au groupe.
En
conclusion, l’auteur présente sans comparer avec
son analyse l’étude de Palmer (1999). Cette
dernière reconnaît cinq facteurs qui expliquent
le succès de l’Église Raëlienne :
- Le
mouvement obtient un certain succès au Québec
parce qu’il arrive à remplacer l’église
catholique dans la vie de certains membres;
- Il
rejette Dieu et l’Ancien Testament;
- Il permet
de vivre une sexualité libre de toute
contrainte;
- Le
créationnisme athée est une doctrine qui attire
de nouveaux adhérents;
- Le groupe
permet l’identification à un homme nouveau qui
incarne les valeurs post-modernes.
Palisson, Arnaud. (2003).
Grande enquête sur la scientologie: Une secte
hors la loi. Lausanne: Editions Favre SA, 263
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