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AFF E-Newsletter

Vol. 3, No. 2

September 2004

 

Recension des Ecrits Portant sur le Phénomène Sectaire et Thèmes Connexe au Cours de l’Année 2003

Marie-Andrée Pelland

 

Au cours de l’année 2003, 25 documents publiés traitent de questions liées au phénomène sectaire. Ces documents prennent la forme de neuf livres, neuf articles, quatre chapitres de livre et trois mémoires de maîtrise. Afin de faciliter la comparaison des documents, les écrits sont classés de façon thématique. Cinq thèmes sont abordés :

  1. Information de base sur le phénomène;
  2. Analyse du fonctionnement de sectes;
  3. Secte et victimisation;
  4. Groupes religieux et comportements violents;
  5. La représentation sociale de la notion de secte. 

Pour chacune des thèmes, une critique générale des articles est présentée. Celle-ci est suivie d’un résumé de chacun des textes.

Livres et Articles Informatifs

Deux livres recensés traitent des intérêts pour le fantastique et le paranormal des adolescents. Ces livres présentent une foule d’information descriptive sur des sujets aussi variés que la spiritualité, les sectes, le satanisme et plus encore.

Influencés par le contexte social dans lequel ces livres ont été rédigés, les auteurs transmettent deux messages différents sur l'influence du paranormal dans la vie des adolescents.

Publié en France, le livre de Biton (2003) se veut un outil d'information pour parents d'adolescents. Abordant des thèmes tels que la manipulation mentale et les effets de l’affiliation à une secte, ce livre veut conscientiser les parents aux dangers que représentent les sectes pour leurs enfants.  L'auteure décrit dans son ouvrage les processus de recrutement utilisés par les sectes; elle définit également le processus de manipulation mentale.  Le regard que porte l'auteur sur le danger que représentent les sectes correspond à la préoccupation de la société française sur ce sujet. En France, les sectes sont définies par plusieurs comme un problème social d'importance. Il faut noter que le phénomène sectaire est souvent abordé par les médias et les instances politiques. Une loi (loi About-Picard, 2001) a également été votée afin de renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales. Dans ce contexte, le livre vulgarise le fonctionnement des groupes afin d'aider les parents à reconnaître rapidement chez leur adolescent la conversion à une secte.

Le livre de Coulombe (2003) a été publié au Québec.  Dans cette société, le phénomène sectaire n’est pas défini comme un problème social d’importance. L’auteur ne définit donc pas dans son livre l’intérêt pour le fantastique comme un problème ou encore comme le signe de l'initiation à une secte.  Le but de l’auteur est d’expliquer les raisons pour lesquelles l'adolescent ressent un certain attrait pour le paranormal, pour le fantastique, le satanisme et le gothique. L’auteur conclut que le goût du risque et le besoin d’évasion motivent souvent les adolescents à s’intéresser à des groupes ou une culture fantastique.

Quatre livres à caractère informatif traitent de la question des sectes et de leur fonctionnement. Ces textes ont tous été rédigés par des employés ou des militants de centres d’information sur les sectes comme Info-Secte ou par des membres de groupes de luttes contre les sectes (UNADFI, MILS).

Trois des quatre livres (Vivian, 2003, Filliaire, 2003, Filliaire & Tavernier, 2003) publiés rapportent le savoir d’expérience de leurs auteurs dans leur lutte contre les sectes en France. Bien que leur expérience soit pertinente et qu’elles identifient, plusieurs problèmes liés au fonctionnement sectaire, l’absence de références scientifiques donne l’impression au lecteur que les sectes sont toutes des groupes homogènes. Cette généralisation permet au lecteur de conclure que les sectes sont des groupes dangereux. Ces livres ne laissent aucune place pour le doute, le questionnement, l’étude de chacun des groupes et de leurs effets.  L’on reproche souvent aux gourous d'affirmer connaître et transmettre la vraie vérité.  Il faudrait alors dans des écrits informatifs sur le phénomène sectaire présenter de l'information diversifiée afin que le lecteur trouve ses propres réponses et non pas uniquement l’amener inévitablement à conclure que toutes les sectes sont dangereuses.

Biton, Dominique (2003).  Sectes et Gourous, etc.  Albin Michel

Ce livre peut être décrit comme un outil d’information de base sur le phénomène sectaire et le fonctionnement des groupes.  L'auteur fait ressortir les éléments des sectes qui peuvent séduire les adolescents et les inciter à se joindre à un tel groupe.

L’auteur reconnaît que la période de l’adolescence est une étape complexe de la vie des adolescents.  Les jeunes désirent au cours de cette période être plus indépendants.  Ils recherchent un idéal.  Ils se questionnent sur le sens de la vie, sur le sort de l’univers.  Ces questions peuvent influencer l’adolescent à joindre une secte ou un groupe néfaste.

L’auteur se demande également pourquoi certains jeunes sont parfois intéressés par les sectes. Elle conclut que parce que certaines sectes se décrivent et se présentent à l’aide de terme ou d’activités qui plaisent aux adolescents, les sectes peuvent devenir un lieu d’appartenance pour les jeunes.  Certains groupes ajustent même leurs modes de recrutement afin de séduire les adolescents. Le groupe sectaire peut inclure dans leurs discours et leurs pratiques des activités ou des croyances valorisées par les adolescents: par exemple la sorcellerie, les sports extrêmes, l’informatique ou la musique.

L’auteur conseille aux parents d’entretenir un lien significatif avec leurs enfants, afin d’observer les changements de comportement qui peuvent être synonymes de l’engagement sectaire. L’observation chez l’adolescent d’un changement brusque dans l’alimentation, des changements soudains dans leurs activités quotidiennes, dans leur façon de voir le monde ou encore dans leur cercle d’amis peut parfois être le signe de l’intégration dans un groupe sectaire. Pour l’auteur, un moyen efficace de prévenir l’adhérence à une secte est de favoriser le développement d’une pensée critique et de l’autonomie chez l’enfant.  Dans un contexte où l’adolescent est confronté à des groupes qui lui présentent "la vérité," il sera outillé initialement à se faire une opinion critique.

Columbe, D. (1993).  Le fantastique religieux et l'adolescence: paranormal, magie satanisme, gothique. Montréal: Fides.

Ce livre traite de la question de l’attrait du fantastique par les adolescents. Il aborde la question du paranormal, de la magie, du satanisme et du gothisme. Ce livre descriptif se propose de démystifier les différentes formes de fantastiques religieux aux parents. L’auteur présente différentes définitions, donne des explications, émet des hypothèses sur le fantastique et le paranormal. Il présente également un portrait de la situation religieuse au Québec, de la situation du fantastique, la violence, le paranormal, les jeux, le symbolisme et la magie, pour finalement en arriver au satanisme.

Pour l’auteur, il est important de reconnaître que tout comme leurs parents, les jeunes sont en quête de sens et de spiritualité. Le fantastique répond pour un temps à leur quête, à leur recherche de sens. Il permet de répondre à leurs questions sur la vie. Il stimule leur imaginaire et le goût du sacré. Le fantastique et le paranormal suscitent l'intérêt principalement les adolescents pour les sensations fortes qu’elle stimule. Le contact avec le fantastique permet l’évasion du quotidien et de la réalité.

L’auteur démontre également avec plusieurs études scientifiques, l’inexistence d’une corrélation entre comportements violents et l’attrait pour le fantastique. Il précise également que l’attrait pour le paranormal ne signifie pas que les adolescents soient plus crédules que les adultes.

Une comparaison entre les adolescents du monde démontre que les jeunes Canadiens croient plus aux phénomènes paranormaux que les adolescents américains ou français.  Il avance quelques hypothèses pour expliquer ce phénomène :

  1. Le contenu des bibliothèques scolaires canadiennes est composé de plus de livres paranormaux que scientifiques;
  2. Les médias présentent souvent ce genre d’événements sensationnels;
  3. Le temps réduit consacré à l’école au développement de l’esprit critique et rationnel face aux phénomènes paranormaux est de plus en plus réduit.

Kropveld, M., & Pelland, M-A. (2003). Le phénomène des sectes : L’étude du fonctionnement des groupes. Montréal: Info-Secte, 161 pp.

Ce texte a pour but de présenter les "sectes," souvent perçues comme étant en marge de la société, comme des groupes qui sont présents dans notre vie quotidienne. Dans ce contexte, comprendre leur fonctionnement et parfois la violence qui émerge dans certains de ceux-ci appelle l’acquisition de connaissances sur le fonctionnement des groupes en général.  Ainsi à travers les cinq chapitres et les six annexes, le lecteur peut s’informer sur la place des groupes dans une société démocratique; sur le fonctionnement interne et externe des groupes ainsi que sur les problèmes interactionnels qui peuvent s’y former. Le lecteur peut également comprendre à travers trois exemples de fonctionnement de groupe les problèmes et la violence qui émergent. Le texte a pour objectif de susciter des discussions et des débats sur le phénomène.

Dans un premier chapitre, un portrait historique de l’organisme Info-Secte, de sa création à aujourd’hui est présenté. Ce texte retrace simultanément la compréhension acquise par l’organisme du phénomène sectaire, les services offerts, la clientèle ainsi que les relations entretenues entre les représentants d’Info-Secte et d’autres organisations et groupes nationaux et internationaux. Au cours de ses vingt-quatre premières années d’existence, Info-Secte a connu de nombreux changements. Créer initialement sous le nom de Projet Culte en 1980. L’organisme a pour mission d’informer les étudiants de l’université McGill et le public sur les sectes. Elle change de nom en 1990 et devient Info-Secte.  Au fil des ans, la compréhension du phénomène sectaire s’est modifiée. Utilisant initialement les termes secte et sectes destructeurs pour décrire le sujet de leur préoccupation, Info-Secte reconnaît aujourd’hui que l’utilisation de ce terme peut conduire erronément à identifier des groupes comme dangereux alors qu’ils ne le seraient pas. Info-Secte essaie donc mieux comprendre le fonctionnement interne et externe des groupes, plutôt que les reconnaître ou non comme des sectes.

Le second chapitre présente un résumé de la Charte québécoise des droits et libertés et explique le rôle de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. Il permet de comprendre que malgré la protection de la liberté de religion et du droit d’association, les membres de groupes doivent également respecter les lois. Chaque individu, qu’elle soit ou non membre d’un groupe doit respecter les valeurs démocratiques, l’ordre public et le bien-être général.

Le troisième chapitre est consacré à la compréhension du fonctionnement des groupes. Ce chapitre essaie de comprendre pourquoi les groupes sont parfois des lieux de participation sociale, de réconfort, d’échanges, mais également des lieux d’exclusion et de brutalité psychologique. Ce chapitre se veut une introduction aux connaissances générales sur le fonctionnement des groupes et ses effets sur l’expérience individuelle des membres. Les auteurs définissent les normes et s’interrogent sur l’influence du conformiste ou de la défiance de celles-ci.  Une section traite du rôle des membres dans un groupe. Ils abordent également les relations entre les membres et le leader et leurs impacts sur le comportement de chacun. La question du fonctionnement externe est également traitée. Elle aborde la question des relations entre les groupes, de la naissance de conflits et de la discrimination intergroupe.

Le quatrième chapitre présente des exemples de fonctionnements groupaux: celui du groupe de Roch "Moïse" Thériault, celui de l’Ordre du Temple Solaire (OTS) ainsi que celui d’Heaven's Gate (Porte du Paradis). Ces portraits tracent le parcours du groupe, de sa création aux événements violents qui ont conduit à l’agression physique ou à la mort de certains membres. Le cinquième chapitre porte sur les questions les plus fréquemment posées aux représentants d’Info-Secte ainsi que sur les réponses données.

Finalement, six annexes complètent le texte. Ces annexes traitent de questions fréquemment utilisées dans l’étude du phénomène sectaire et du fonctionnement des groupes. Les annexes abordent la question des manipulations mentales et des processus d’influence. Elle présente une liste de définition du terme secte et nouveaux mouvements religieux. Elle présente les phases théoriques de développement d’un groupe ainsi que le processus de socialisation. La dernière annexe présente une analyse de différentes réactions gouvernementales au phénomène sectaire.

Vivian, A. (2003). Les sectes. Éditions Odile Jacob, 2003

Dans son livre, Alain Vivian, cet ancien directeur de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS), expose différents problèmes liés aux sectes et observés en France.

Ce texte peut être décrit comme un ouvrage intéressant afin de comprendre l’état de la question sectaire en France. Nous pouvons toutefois mettre un bémol sur l’analyse que fait l’auteur des réactions gouvernementales face aux sectes.  Il analyse les réactions gouvernementales de différents pays à l’aide de son propre cadre de référence, sans toutefois s’interroger sur les motivations, les actions qui ont conduit certains gouvernements à adopter une stratégie particulière.

Voici un résumé des différents thèmes présentés.

Il aborde  la difficulté de définition juridique du terme secte.  Pour cet auteur, il existe plusieurs définitions du terme secte. Pour Vivian, certaines définitions sociologiques définissent les mouvements sectaires uniquement comme des formes de religiosités nouvelles. Pour l’auteur, les définitions sociologiques ne permettent pas de comprendre l'influence des sectes sur l’intégrité physique et psychologique de leurs membres.

L’auteur souligne également le refus des représentants religieux français de définir comparativement la notion de secte et d‘église.  L’observatoire du comportement sectaire précise toutefois quelques différences entre ces deux groupes: 

Secte

Église

L’entrée dans une secte est facile

L’entrer dans l’Église est plus complexe, elle n'est possible qu'à la suite d'une longue probation.

la sortie de la secte est difficile

la sortie de l'église est difficile

Le gourou détient la vérité

Étude des textes sacrée, leurs discussions approfondies permettent une meilleure compréhension qui ne se traduit pas en vérité absolue

La secte a réponse à toutes les questions

La foi religieuse cherche les réponses

 

Jean-Pierre Morin propose la notion de viol psychique ainsi que l’idée de créer un délit de viol psychique.  Cette notion initialement intéressante est rejetée parce que le délit de viol psychique est difficilement identifiable. Il serait difficile de définir cette infraction. En fait, l’auteur reconnaît qu’il est difficile d’identifier un seuil nocif de prosélytisme menant au viol psychique.  Devant les difficultés de définition d’un tel délit, cette expression a été abandonnée.

L’auteur se demande alors si le sectarisme est insaisissable.  L’auteur ne le croit pas.  Pour lui, le nombre important de grilles d’analyse du comportement sectaire permet de reconnaître l’existence du sectarisme.  Il présente les caractéristiques d'une secte telles que présentées par la commission parlementaire sur la question des sectes de 1999, les analyses de Trouslard, de Monroy et de Anne Fournier. Ces deniers reconnaissent globalement qu’une secte peut être définie par la présence d’un gourou autoritaire et autocratique, par la présence d’une philosophie exclusiviste et intolérante, par la présence d’une vision totalitaire du monde ainsi qu’un détachement du membre avec ses proches.

Il retient toutefois la définition de la Mission interministérielle de luttes contre les sectes de (1998) comme la définition la plus complète du terme secte :

La secte est un groupement ou une association de structure totalitaire déclarant ou non des objectifs religieux, dont le comportement porte atteinte aux droits de l’Homme t à l’équilibre social. 

Dans un autre chapitre, l’auteur aborde la question de typologie des sectes. S’interrogeant d’abord  sur l’idée de dénombrer le nombre de sectes sur le territoire français, il reconnaît que cette idée n’a qu’une utilité restreinte, puisqu’il n’existe aucun lien proportionnel entre le nombre de sectes et la nuisance sociale causée par ces groupes. 

L’auteur relate alors les tentatives de certains auteurs de classifier les sectes par certaines de leur spécialisation, par exemple sur la base de leurs techniques de recrutement.

Il précise alors l’effort de classification des sectes selon leur doctrine. Par exemple l’effort pour distinguer les sectes d'orientation nouvel âge, néopaïenne, les mouvements sataniques… Pour l’auteur, cette stratégie ne peut être efficace puisqu’un même groupe peut présenter différentes orientations doctrinales. 

L’auteur conclu alors qu’une typologie des sectes basée sur leurs stratégies de regroupement ou sur leur philosophie ne permet pas de comprendre le caractère nocif de ces groupes. Il propose alors dans le chapitre suivant de reconnaître les comportements condamnables commis le plus fréquemment par les sectes.

Il analyse alors l’ensemble des infractions commises par les sectes sur le territoire français entre 1990 et 2000.   Voici les conclusions de cette analyse:

  1. Les infractions contre les mineurs:

§         Les mineurs sont les premières victimes des sectes.  161 affaires sur 490 portaient sur des crimes commis contre des enfants et des adolescents. Les agressions sexuelles, le viol et l’attentat à la pudeur sont les infractions contre les mineurs les plus fréquemment rapportées devant les tribunaux. 

§         Les mineurs sont également victimes de privations de soins, de privations alimentaires, d’abandon.

§         Le défaut de scolarisation des enfants constitue une autre offense dont sont victimes les mineurs membres des sectes.

  1. Les infractions économiques

§         Les escroqueries sont également au nombre des infractions commises par les sectes et portées à l’attention de la justice.

  1. Les attentats contre la personne

§         L’irrespect de la loi informatique, la constitution illégale de fichier, l’usurpation d’identité, le chantage, le racket;

§         Assassinat, homicide involontaire, violence avec armes;

§         L’atteinte à la santé des membres par l’exercice illégal de la médecine.

Dans le chapitre suivant, l’auteur décrit quelques méthodes utilisées par les sectes afin de se servir de la justice afin d’atteindre leurs objectifs. 

Il mentionne par exemple la stratégie de certaines sectes transnationales de prolonger un procès afin de créer une polémique, d’obtenir de la publicité et de se faire connaître du grand public.  Les sectes peuvent également discréditer les acteurs de la justice, avocat, juges …  Lors du procès, ils peuvent demander à leurs partisans de composer la salle au procès afin d’influencer le jury.

Les groupes sectaires essaient également de s’engager dans différentes institutions afin d’obtenir un certain pouvoir.  Ils utilisent également le lobbying afin d’influencer les décisions des instantes gouvernementales.

L’auteur analyse la tendance des sectes de se réfugier en Amérique.  Dans son chapitre l’auteur comprend que par leur histoire les États-Unis réagissent favorablement aux minorités religieuses. Toutefois, il reproche aux politiciens américains la protection qu’ils offrent à certains groupes sectaires transnationaux. En fait, l’auteur reconnaît que le pouvoir politique américain a été amené par des lobbies de certaines sectes à enquêter sur l’état du respect des libertés religieuses dans le monde.  En 1999, des fonctionnaires d’état américain parcourraient le monde afin d’analyser le respect des libertés dans le monde.  Selon Vivian, le rapport sur la base des témoignages des représentants de sectes formula des allégations infondées contre la France.

L’auteur note également les relations étroites que l’ancien président Clinton avait avec l’Église de scientologie ainsi que le président Bush avec des groupes fondamentalistes protestants.

L’auteur fait également le point sur les réactions face aux sectes en Europe et dans le monde. Après avoir fait le bilan des actions ou de l’inaction gouvernementale, en Belgique, en France, en Angleterre, au sein de la communauté européenne.  Il conclut qu’outre les efforts de la France pour modifier les lois afin qu’elles permettent de protéger les membres de sectes contre des gourous manipulateurs, les gouvernements sont généralement négligents face aux sectes.  Il note le laxisme juridique de plusieurs gouvernements, la dérobade des religions face aux courants intégristes ainsi que les dissertations stériles des chercheurs en sciences humaines.

Fillaire, Bernard, & Tavernier, Janine. (2003). Les sectes. Paris: Le Cavalier Bleu, 123 pp.

Paru dans la collection "Idées reçues," l'ouvrage développe une série de points de vue sur les sectes. Le livre est divisé en court chapitre, une idée reçue sur les sectes est présentée dans chacun d'eux. L’information contenue dans ce livre est appuyée par plusieurs exemples de l’histoire de.  sectes. Les auteurs ont peu recours aux écrits scientifiques afin de démontrer leur point de vue.  Les auteurs se basent plutôt sur leur connaissance pratique du phénomène sectaire. Dans ce court livre, les auteurs abordent spécifiquement les idées reçues concernant la question des sectes destructrices.  Voici un résumé des différentes idées reçues présentées.

Le livre débute rapidement avec une définition critique du terme secte.  Pour ces auteurs, le sens du terme secte est piégé. Utilisé tant sur un plan sociologique ou psychologique, ce terme n’a aucune valeur juridique.  Les auteurs espèrent qu’un travail sera fait dans ce sens, afin de distinguer entre dissidences religieuses et sectes destructrices. Pour eux, peu de recherches permettent de distinguer les groupes aux idées "délirantes" qui respectent les droits fondamentaux des croyants des groupes sectaires destructeurs.

Idée reçue 1: Une religion est une secte qui a réussi

Pour ces auteurs, les sectes destructrices ne sont pas des religions, mais plusieurs d’entre elles utilisent des symboles religieux afin de faciliter leur intégration ainsi que leur acceptation sociale.  Les sectes destructrices utilisent par exemple certains signes, certaines croyances, de religions connues afin de séduire le futur adepte.  Ces derniers se sentent donc initialement familiers avec le groupe et ses croyances, puisque le groupe utilise des symboles qu’ils connaissent.

Pour les auteurs, l’utilisation de symboles religieux est également un atout dans les situations où une secte destructrice connaît des démêlés avec la justice. Elle peut ainsi se présenter comme une victime de l’intolérance religieuse. L’avantage d’utiliser une étiquette de religion est également moral: elle donne une honorabilité et une respectabilité qui accrochent les gens en recherche de transcendance.

Idée reçue 2: Les sectes ne touchent que les pays riches

Dans la vie quotidienne, l’étiquette de secte est rapidement apposée aux groupes qualifiés de bizarres, d'étranges. Pour ses auteurs, il est important de faire preuve de prudence, il ne faut pas devenir paranoïaque et croire que les sectes se retrouvent partout dans la société.

Par exemple, bien que les sectes peuvent utiliser les médecines alternatives comme voie de croyances, ceci ne signifie pas que l'ensemble de ces médecins soit des gourous en puissance.

Afin d’aider le lecteur, les auteurs citent 13 familles de sectes, telles que décrites dans le rapport sur les Sectes et l’argent publié par l’Assemblée nationale française en 1999.

  1. Les sectes alternatives: elles proposent une organisation parallèle de notre société et de nos rapports humains
  2. Les sectes apocalyptiques
  3. Les guérisseuses
  4. Les néo païennes
  5. Le nouvel âge
  6. Les orientalistes des déviances du bouddhisme
  7. Les pseudo-catholiques et les pseudo-protestantes
  8. Les pseudo-psychanalitiques
  9. Les sataniques et les lucifériennes
  10. Les syncrétismes
  11. Les ufologistes ou les soucoupistes

Idée reçue 3: Les sectes sont communautaires

Dans ce chapitre, les auteurs abordent la question du mode de vie privilégié par les sectes.  Est-ce que les sectes vivent en communauté fermée?

Se basant sur l’exemple de différents groupes (Témoin de Jéhovah, la scientologie, la secte de Moon, le Mandaron), les auteurs concluent que les sectes ont compris qu’afin de recruter de nouveaux membres, d’augmenter leurs profits et d’accéder au pouvoir, elles devaient s’intégrer dans leur milieu. Elles devaient acquérir un statut social. Alors même si les sectes forment des communautés, elles ne sont souvent pas complètement fermées au monde extérieur.

Idée reçue 4: Les gourous sont des fous?

Le mot gourou vient du terme sanskrit GURU qui signifie vénérable maître spirituel ou religieux. Un maître qui n’exige de ses adeptes aucun signe de soumission. Le gourou enseigne et espère le mieux pour ses élèves. Il n’est pas en quête de miracle, il aide ses élèves à s’accepter. Pour les auteurs, les gourous de sectes contemporaines sont loin de correspondre à cette image. Ils sont plutôt craints, aimés, adulés et admirés. Ils sont décrits comme des sauveurs qui sont investis d’une mission divine.

Le gourou n’est pas décrit comme fou, mais comme un être paranoïaque. Il présente également un délire d’identification à Dieu, il se prend pour Dieu. Il désire dominer, il s’invente ainsi des pouvoirs supra normaux.  Il développe parfois un complexe de persécution, voyant toute personne extérieure à la secte comme un danger potentiel. Certains ont des problèmes sexuels.  Les auteurs reconnaissent finalement que le gourou n’existe pas sans la présence d'adeptes et les adeptes n'existent pas sans un leader.  Il existe une relation entre le leader et l’adepte qui permet à ses deux protagonistes de sentir grandir, de se sentir importants.

Idée reçue 5: Pour entrer dans une secte, il faut être faible d’esprit

Pour les auteurs, plusieurs croient faussement qu’on "entre dans une secte."  Pour eux, aucun individu ne choisit de devenir membre d’une secte. Tout se fait progressivement. Initialement, une personne entre dans un groupe qui correspond à ses idéaux, qui répond à certains de ses besoins, qui lui propose un changement.  Après le départ de la secte,  l’expérience initialement positive devient aliénante pour l'ex-membre. L’ancien adepte reconnaît alors avoir été membre d’une secte.

Les personnes qui sont manipulées par un groupe sectaire ne sont pas faibles d’esprit.  Pour l’auteur, par exemple les personnes qui ont un baccalauréat sont plus à risque de devenir membre d’une secte, parce qu’ils sont souvent à la recherche d’un idéal. Pour les auteurs, les sectes ciblent plus souvent les êtres en détresses pour devenir membre

Idée reçue 6: Les adeptes sont plus épanouis dans la secte qu'auparavant

L’idée traitée dans cette section porte sur l’effet initial que peut avoir la secte sur le membre.  Dans les premiers moments, l’adepte peut ressentir une paix, un calme intérieur et un grand bonheur, après son initiation.  Le sentiment de calme que ressent l’adepte peut s’expliquer par les réponses que lui apporte le groupe. L’adepte rencontre un groupe, un gourou qui lui donne accès à une nouvelle façon de comprendre sa réalité. Les réponses que donne le groupe peuvent alors ressentir un calme qu’il n’éprouvait pas avant son entrée dans le groupe.  Pour ces auteurs, la radieuse insensibilité des adeptes peut devenir problématique et mener à l’acceptation de maltraitance afin d’atteindre l’idéal.

Idée reçue 7: les adeptes sont des victimes

Pour les auteurs, les adeptes sont victimes de manipulation mentale. Dans ce contexte, le membre peut accepter de commettre des actes criminels. Alors qu'il n'était pas criminel auparavant, les techniques d'influences transforment ses convictions.  Des comportements considérés, comme répréhensible avant l'entrée dans le groupe sont maintenant décrits par l'adepte comme acceptables.

Idée reçue 8: Les sectes encouragent le suicide

La secte offre le choix à l’adepte de suivre ou mourir ou même parfois de suivre et mourir.  En fait, le groupe commet généralement l’assassinat moral des membres.  Pour l’individu, l’ensemble des sectes destructrices sont décrites comme dangereuse, certaine conduisant même leur membre vers un suicide collectif.

Idée reçue 9: Les enfants sont les plus maltraités

Les sectes instruisent les enfants en leur transmettant une pensée dichotomique: le bien est dans la secte et le mal à l’extérieur.

L’intégrité psychologique des enfants est souvent mise en péril dans ces groupes.  Ainsi, l’enfant se retrouve isolé, sans lien possible avec leurs parents. Éduqué par une tierce personne, le leader devient souvent le père des enfants du groupe.  Le droit à l’intégrité physique des enfants est souvent bafoué dans les sectes, ainsi ils n’ont souvent pas accès à des soins médicaux adéquats, ils sont soumis à un régime alimentaire pauvre. Parfois, le châtiment corporel peut être utilisé comme mode de sanction.

Idée reçue 10: un ancien adepte ne retrouve jamais une vie normale

Après leur sortie du groupe, les anciens membres vivent de nombreuses difficultés.  Ils doivent faire face à la honte qu’ils ressentent d’avoir intégré une secte.  Ils doivent réapprendre à se faire confiance.  L’ancien adepte sort physiquement de la secte, mais mentalement la philosophie du groupe influence encore sa vie.  La culpabilité, l’anxiété, la peur de représailles sont quelques-uns des sentiments éprouvés par les adeptes à leur sortie.

Idée reçue 11: les sectes se servent des textes religieux pour créer leur doctrine.

Pour les auteurs, les doctrines créées par les sectes sont des produits de consommation qui ont pour but premier de séduire l’adepte.

Les doctrines incluent souvent la notion de cataclysme ou de catastrophe.  Cette notion permet d’introduire l’idée que seuls les membres du groupe survivront à l’apocalypse.

Parfois, les sectes peuvent utiliser des textes sacrés.  Par une lecture fondamentaliste de ces derniers, elle peut manipuler l’adepte à faire certains choix ou à adopter certains comportements.

Idée reçue 12: les sectes parlent d’amour

L’amour est utilisé comme un outil de manipulation dans les sectes. Pour les auteurs, la notion d’amour prend un autre sens dans les sectes: l’amour doit être exclusif au gourou. L’amour physique est parfois partagé avec le leader voire avec les autres membres du groupe.  Au nom de l’amour, les membres acceptent parfois même que les enfants soient violés.

Idée reçue 13: les sectes répondent aux grandes questions de la société

Pour les auteurs, les sectes possèdent une réponse à toutes les questions.  Elles développent des explications à toutes les questions, peu importe qu’elles portent sur la criminalité, la citoyenneté, le racisme, la drogue, la corruption, la guerre, le travail ou la famille, les sectes possèdent les "vraies" réponses.

Idée reçue 14: les sectes sont apolitiques

Pour les auteurs, les sectes se décrivent souvent comme apolitique, sans sympathie pour un parti politique ou un autre. Pourtant nombreuses sont celles qui ont le projet de former des gouvernements mondiaux. Prônant la théocratie, certaines sectes aspirent à diriger le monde

Idée reçue 15: but premier des sectes: l’argent

Pour les auteurs, quelques-unes des sectes aux ramifications internationales vivant sur le territoire français n’ont qu’un désir, celui de devenir une puissance économique. Le pouvoir financier des sectes est toutefois acquis au coût de diverses infractions au code du travail ou au code de la sécurité sociale.  Les sectes ne sont pourtant pas des organisations mafieuses. L’argent amassé vise à promouvoir l’idéologie du groupe, la démarche spirituelle des membres.

Idée reçue 16: Les lois sont impuissantes contre les sectes

Cette proposition est fausse selon les auteurs, puisque le pouvoir public français dispose de lois pour réprimer les actions frauduleuses des membres:

  1. Article 313-4: qui sanctionne l’abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de situation de faiblesses des mineurs;
  2. Article 225-13: le fait d’obtenir les services gratuits d’une personne en abusant de sa vulnérabilité ou de sa situation de dépendance;
  3. Article 225-14: le fait d’obtenir la soumission d’une personne en abusant de sa vulnérabilité ou de sa situation de dépendance.

Tavernier, Janine. (2003). 20 ans de lutte contre les sectes. Paris: Éditions Michel Lafond, 238 pp.

Ce livre informatif est l’œuvre d’une militante de l’UNADFI.  Après vingt ans de lutte contre les sectes, Janine Tavernier trace un portrait des caractéristiques souvent présentes dans un groupe sectaire. Elle nous transmet son savoir d’expérience auprès des anciens membres, en se basant sur de nombreux exemples. Voici donc un résumé des principales conclusions de l’auteure..

Pour l’auteur, la structure hiérarchique de la secte est rassurante pour les nouveaux membres qui ont perdu leurs repères. Dans le but d’accéder à une position valorisante et importante dans la hiérarchie du groupe, l’adepte se soumet au leader.  L’adepte comprend que la moindre déviance aura pour effet de compromettre son cheminement dans le groupe.

L’auteur décrit le gourou comme un illusionniste, une personne qui n’hésite pas à utiliser différentes techniques afin de manipuler les adeptes. Elle relève dans ce sens l’utilisation d’hologrammes par Jo di Mambro, afin de convaincre les membres de l’Ordre du Temple Solaire qu’il communiquait avec les Êtres supérieurs.

Les sectes se définissent souvent comme des victimes de persécution sociale.  Parfois, certains groupes croient même être surveillés par de nombreuses instances internationales. Lorsque les membres de la secte se reconnaissent au cœur d’un complot ou d’une enquête, ils se sentent valorisés par ces événements.  Ainsi, ils se définissent comme membre d’un groupe important dans l’échiquier mondial. 

Pour l’auteur, les sectes utilisent le religieux afin de séduire leurs membres. Il présente aux futurs membres une nouvelle vision du monde à l’aide de références connues. Le futur membre se sent alors rassuré par les éléments familiers et stimulé par les éléments nouveaux.

Pour l’auteur, une secte doit nécessairement être définie comme un groupe dangereux.  Certaines sectes portent atteinte à l’intégrité physique de leurs membres en promettant la santé. Sous le statut de guérisseur, elles endoctrinent des membres désespérés à trouver une solution à leur problème de santé, peu importe la maladie, les leaders de sectes ont la solution.  Dans ces groupes, les membres doivent parfois se soumettre à un régime alimentaire restrictif.  La secte affaiblit donc le corps afin de domestiquer l’esprit.

Les sectes développent souvent leur propre langage, elle transmet aux membres un code de connaissances qui a pour effet de créer une rupture avec la société existante.

La secte se présente toujours de manière à séduire le membre potentiel.  Le groupe essaie dès le début de l’engagement de la personne dans le groupe de l’endoctriner et de la dominer.

Dans le discours du leader, l’argent est décrit comme un moyen de prouver l’amour des adeptes envers le leader. L’argent est une ressource nécessaire à la survie du groupe, il permet de poursuivre la transmission du message.

Pour l’auteure, les enfants sont des membres importants des sectes.  Ils sont faciles à manipuler, ils sont silencieux et ils assurent la pérennité du groupe.  L’éducation des enfants dans le groupe est souvent enracinée dans des pratiques nocives pour l’intégrité physique, intellectuelle et psychologique des enfants. Par exemple, la séparation systémique de l’enfant et de ses parents, l’éducation sexuelle imposée, le refus d’intervention médicale sont autant de pratiques qui mettent en danger la sécurité des enfants.

Pour l’auteure, tout groupe totalitaire est porteur de violence. La criminalité est fréquente dans les sectes, puisque pour eux seule la loi de Dieu ou du leader existe.  Les infractions au Code pénal importent peu puisqu’elles sont approuvées par une instance supérieure.

Analyse du Fonctionnement d’un Groupe Sectaire

Trois groupes différents ont été le sujet d’étude de cinq documents.  Le groupe Raëlien, l’Église de scientologie et les Témoins de Jéhovah.

L’année 2003 peut être décrite comme l’année médiatique des Raëliens.  Dès janvier de cette année, ce groupe faisait la manchette des journaux avec l’annonce de la naissance du premier bébé cloné. Le fondateur du groupe fut même interviewé par CNN, Larry King et des journalistes de la BBC. Sans mettre de l’avant le côté sensationnalisme du groupe, Bisaillon (2003) présente une étude descriptive bien documentée du groupe. Il retrace ainsi l’évolution du groupe et sa philosophie. Ce livre est une source d’information intéressante sur ce groupe.

Bisaillon, Martin. Enquête sur le mouvement raélien. Montréal: Éditions Les Intouchables.

Ce livre est le résultat d’une enquête réalisée par Matin Bisaillon, un journaliste québécois. L'analyse approfondie des écrits du groupe, de documents ministériels, d’articles de journaux ainsi que d’entrevues permet à l'auteur de décrire en détail l'histoire de groupe et sa philosophie.  Dans les paragraphes qui suivent, vous trouverez donc un résumé de l’information dans ce livre.

La vie de Claude Vorilhon avant de devenir Raël

Pour les membres des raëliens, Claude Vorilhon est né le 25 décembre 1945.  Fils de Iahvé et d’une mère terrienne, il est le demi-frère de Jésus.  Pour l’auteur, cette version de la naissance de Claude Vorilhon est contradictoire avec les données factuelles. Ainsi, Claude Vorilhon est né le 30 septembre 1946 dans la ville d’Ambert en France.  Fils illégitime d’un juif alsacien, il est élevé par sa mère, sa tante et sa grand-mère.

À l’âge de 15 ans, il quitte Ambert pour Paris. À cette époque, il change de nom, Claude Vorilhon devient alors Claude Celler chanteur. Il essaie alors de percer dans le domaine de la chanson, il obtient toutefois peu de succès. Après, le suicide de son agent, il redevient Claude Vorilhon et se lance dans le journalisme. À cette époque, il épouse une jeune infirmière avec laquelle il aura deux enfants. 

Entre 1970 et 1971, il travaille dans un journal automobile de Dijon.  Se passionnant pour la course automobile, il décide de fonder son propre journal AutoStop.  En 1973, la crise du pétrole et l’interdiction du gouvernement français de tenir des courses automobiles et des rallyes obligent Vorilhon à cesser la publication de la revue.

La révélation: la fondation de la doctrine

Vorilhon devient Raël le 13 décembre 1973, peu de temps après la fermeture de la revue de sport automobile qu’il avait mise sur pied.  Il se rend alors en Auvergne ou il rencontre des extra-terrestres. L’un d’eux, lui révèle que les hommes ont été créés par les Élohim dans les laboratoires. L’un des extraterrestres confie une mission à Vorilhon: celle de raconter aux hommes sa rencontre avec les extra-terrestres et assurer la transmission de leur message. 

Vorilhon raconte donc à qui veut l’entendre que les hommes on une mission, celle de réagit au message des Élohim. Cinq jours après cette rencontre, les Élohim dictent un message à Vorilhon, il rédige alors le premier livre de la philosophie raëlienne. Ils ont confié à M. Vorilhon que les Élohim avaient créé la terre il y a 25 000 ans. Créant d’abord les animaux, ils ont ensuite créé des hommes à leur image. Les différentes ethnies correspondantes à des équipes différentes de créateurs Élohim.

Les Élohim expliquent à Vorilhon l’importance de la géniogracie, c’est-à-dire la création d’un gouvernement mondial constitué de génies qui décideront du sort du monde entier.

Selon des entrevues avec des amis d’enfance de Claude Vorilhon, il aurait rédigé son premier livre sur les Élohim dans un bistro. Il décide après plusieurs discussions avec ces amis de rédiger son histoire et de le faire circuler. Selon eux, Vorilhon n’aurait pas rencontré les extraterrestres.

Le 13 mars, 1974, Volrilhon est invité à participer à une émission de télévision afin de discuter de son "expérience" avec les extra-terrestres. Après son passage, il reçoit des milliers de lettres de personnes qui croient en son histoire.  Ce passage à la télévision marque le début du groupe.

En 1975, il fonde le Mouvement pour l’accueil des Élohim créateurs de l’humanité en laboratoire (MADECH).  Le 31 juillet 1975 , il reçoit une seconde visite des extraterrestres et il écrit un second livre. Il déménage alors à Périgord, où il reçoit la visite de gens qui veulent rencontrer Raël.  Le 5 juillet 1975, il quitte le MADECH. 

Le 7 octobre 1975, il reçoit une autre visite des Élohim, ces derniers lui dicteront le fondement que devra prendre l’autorité morale de Raël sur les personnes qui décideront de le suivre.

La consolidation du groupe

Dans ce chapitre, l’auteur décrit la visite de Raël avec les Élohim et il présente certaines règles qui gèrent la vie dans ce groupe.

Le 7 octobre 1975, Raël raconte avoir visité les Élohim.  Au cours de cette rencontre, il apprend qu’il aura accès à la vie éternelle. Lors de cette visite, il dîne avec d’autres humains extraordinaires tels que Jésus, Moïse, Mahomet... Après le repas, il est conduit dans une chambre où un Élohim lui fabrique six femmes qui répondront pour la nuit à ses moindres désirs.  Lors de cette visite, son cerveau est branché à un ordinateur, il devient alors l’homme le plus intelligent du monde.  Raël apprend également que les personnes qui le suivront seront accueillies au pays des Élohim.

Au cours de ce voyage, Raël reçoit les lois qui devront guider sa vie et celles des membres de son groupe sur terre. Il promet un monde meilleur à ses membres par l’établissement de la géniocratie, le monde dirigé par des génies. Il encourage également ses membres à faire don de leurs biens au groupe au moment de leur mort. Pour l’auteur, ces règles sont les premiers signes de dérives du groupe.

L'expansion du groupe

En 1977, la corporation canadienne du mouvement raëlien est fondée à Montréal (Québec) ainsi que le mouvement raëlien international à Genève.

À la même époque, Raël crée une fondation au Liechtenstein, celle-ci a pour mission de percevoir les droits d’auteurs des livres rédigés par Raël ainsi que de subvenir à ses besoins. En 2002, cette fondation déménage à une adresse secrète pour la plupart des membres.

En 1977, Raël publie un livre intitulé "Géniogracie."  Il expose alors son programme politique.  L’auteur le qualifie de totalitaire.

En 1979, Raël publie "Accueillir les extra-terrestres." Un livre qui annonce la fin du monde par la guerre atomique. Dans ce dernier livre, Raël se prononce également sur l’éducation des enfants.  Il précise que la violence dans le monde disparaîtra quand les hommes jouiront pleinement de leur sensualité.  La théorie de la sensualité vient donc d’être créée.  Dans ce contexte, les enfants du groupe doivent être éduqués à la sensualité, ils doivent apprendre comment obtenir et donner du plaisir. Le livre ne spécifie toutefois pas comme les parents doivent procéder pour éduquer leurs enfants à la sensualité.

En 1980, Raël publie un livre sur la "Méditation sensuelle." Selon Raël la méditation sensuelle permet de repousser les limites imposées par la société.

Dans les années 90, le groupe se lance dans un mouvement de provocation au Québec, afin disent-ils de séduire les adolescents. En 1994, le groupe obtient au Québec le statut de corporation religieuse, il devient donc l’Église Raëlienne.

En 2002, Raël est publié pour la première fois par une maison d’édition québécoise.  Il crée également la revue contact publiée également aux éditions Québécor.

Clonaid

Le clonage est à la base de la philosophie du groupe. Raël explique d’ailleurs qu’un jour il sera possible de transférer le cerveau d’un être humain dans son propre clone. Ainsi, un homme de soixante ans pourra retrouver son corps de 18 ans tout en conservant son intelligence et son expérience. 

Neuf jours après le clonage de la brebis Dolly, Clonaid est crée par Brigitte Boisselier. De 2000 à 2002, des jeunes femmes sont présentées à la presse comme de futures mères porteuses.  Clonaid est finalement financé en juin 2001 par un riche américain. Il finance le Clonaid, afin que le groupe clone son fil décédé.  Il investit plus de 500 000 us dans ce projet.  En août 2001, cet homme se dissocie de Mme Boisselier trouvant que cette dernière recherchait trop l’attention des médias. Le 28 mars 2001, Claude Vorilhon et Brigitte Boisselier rencontrent le sénat américain afin de discuter de clonage.

Le 27 décembre 2002, Brigitte Boisselier annonce la naissance du 1er bébé cloné. L’effet de cette annonce propulse le groupe en première page des journaux partout dans le monde.  En deux jours, le site Internet du groupe attire un million et demi de visiteur.  Pour Raël, Clonaid est devenu l’outil par excellence de transmission de son message.

La famille et les enfants dans le Mouvement Raëlien

Dans ce chapitre l’auteur aborde la place et le sens des enfants et de la famille dans le mouvement Raëlien.

Pour Claude Vorilhon, les jeunes doivent avoir une liberté d’agir et de penser sur le plan sexuel, politique et spirituel dès l’âge de 14 ans. L’éveil de la sexualité de l’enfant est important dans la philosophie du groupe.  L’éducation sensuelle doit être à la base de l’éducation. Raël se défend bien de valoriser le comportement pédophile. Afin de s’éloigner de cette image, il fonde en 2001 un site Internet qui encourage la dénonciation des prêtres catholiques agresseurs sexuels.

Pour Raël, les enfants doivent être perçus aux yeux de leurs parents comme un objet d’épanouissement réciproque.  Dans cette logique, un parent vit avec ses enfants dans la mesure où il favorise son épanouissement.

La géniocratie

Dans ce chapitre l’auteur aborde le concept de géniocratie et son utilisation par Raël.

La géniocratie propose de réformer la constitution des gouvernements du monde afin que seuls les êtres géniaux dirigent le monde.

La philosophie du groupe: une copie !

L’auteur introduit l’hypothèse selon laquelle Raël aurait plagié son premier livre sur l’œuvre de Jean Sendy intitulé "La lune clé de la bible" publié chez Gallimard.

L’autre visage des raëliens

Pour l’auteur, le but premier de l’existence du groupe est économique. Pour l’auteur, le discours de Raël est d’abord orienté vers la recherche de profit.  Ainsi, le groupe vend une quantité importante de produits (livres, médaillons).  Dans les écrits du groupe, l’achat de livres ou de produits dérivés est décrit comme un acte d’amour envers Raël.  Un geste qui permet au leader de vivre.  Afin d’augmenter les profits du groupe, Raël déclare même dimanche jour de diffusion, jour où les membres se rendent sur la place publique pour vendre ses œuvres. Les jours de diffusion ont également un autre objectif, celui d’encourager la ferveur des membres, plus ils sont convaincus, plus ils s’investissent dans le groupe.

L’attention médiatique est une autre obsession du groupe. Ainsi dans la revue du groupe, un résumé des interventions médiatiques est fait.  Raël se dit victime des médias, il affirme que les journalistes sont manipulés.  Pourtant, il se sert bien des médias. Il parvient même à être reçu à l’émission de Larry King à CNN. 

L’orgueil est un terme important dans l’organisation raëlienne, ainsi lorsqu’un membre remet en question le groupe, la philosophie ou Raël, il est rapidement décrit comme orgueilleux.  Un membre trop orgueilleux pour transmettre le message est rapidement exclu du groupe.

Les anges

Depuis le 13 décembre 1997, Raël crée l’ordre des Anges, une organisation de femmes dévouées qui a pour mission de servir Raël.

La paranoïa du leader

Depuis peu, Raël croit être surveillé par les services secrets.  Il exige ainsi une soumission totale de ses membres afin de prévenir toute forme de fuite.

Renard, J.-B. (2003). Le mouvement raëlien: les raisons d'un succès. Psychologie et société. Logique sociale des phénomènes sectaires. 3, 2. 116-131.

Le groupe Raëliens est l’un des rares groupes "soucoupistes" à avoir survécu au passage du temps. L’auteur analyse le fonctionnement du groupe afin d’identifier les facteurs qui expliquent la pérennité du groupe.

L’auteur identifie trois facteurs qui ont fait le succès du groupe: la doctrine, le leader charismatique, la créativité sociale permanente.

La doctrine

Pour l’auteur, deux éléments particuliers de la doctrine séduisent les membres, le créationnisme extraterrestre et l’éthique morale du groupe.

Le créationnisme extraterrestre défend une vision athée de l’univers.  Il explique que les hommes ont été créés par des extraterrestres en laboratoire.  Raël rejette ainsi dans sa doctrine l’origine animale de l’humanité.  Raël interprète même la bible en fonction de cette croyance. Ainsi, il explique par exemple que les trompettes de Jéricho étaient une arme ultrason.

L’éthique morale du groupe séduit de nombreux nouveaux membres.  Le groupe prône ainsi une fraternité libertaire. Le but de la fraternité libertaire est de supprimer l’agressivité par l’épanouissement de l’humanité.

Le leader charismatique

Pour l’auteur, la personnalité charismatique de Raël peut expliquer la pérennité du groupe. Il précise toutefois que le charisme de Raël n’est pas inné, mais le produit d’une construction sociale des membres importants du groupe. Il explique que le mythe construit est le résultat des efforts des membres les plus importants du groupe Raëlien. Ils ont progressivement créé un culte de Raël. Ils ont également introduit un système complexe de relation qui rend Raël inaccessible aux nouveaux membres. Raël est perçu par les membres comme un médiateur capable de résoudre les crises sociales et personnelles vécues par les membres.

Une créativité sociale permanente

Pour l’auteur, les membres maintiennent leur appartenance au groupe en raison des activités diverses et fréquentes du groupe, des activités de prosélytismes qui consolident le lien des membres au groupe.

En conclusion, l’auteur présente sans comparer avec son analyse l’étude de Palmer (1999).  Cette dernière reconnaît cinq facteurs qui expliquent le succès de l’Église Raëlienne :

  1. Le mouvement obtient un certain succès au Québec parce qu’il arrive à remplacer l’église catholique dans la vie de certains membres;
  2. Il rejette Dieu et l’Ancien Testament;
  3. Il permet de vivre une sexualité libre de toute contrainte;
  4. Le créationnisme athée est une doctrine qui attire de nouveaux adhérents;
  5. Le groupe permet l’identification à un homme nouveau qui incarne les valeurs post-modernes.

Palisson, Arnaud. (2003). Grande enquête sur la scientologie: Une secte hors la loi. Lausanne: Editions Favre SA, 263